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Au cœur des émotions, touchée au cœur… Cœur de bois, un album phare pour « mes ego-balises » sur la carte mentale et sentimentale de mes émotions… Lauréat du Prix Sorcières cette année, il est aussi mon album favori.

Il faut dire qu’aux éditions Notari, on sait faire vibrer le lecteur. On sait parler de sentiments… Déjà dans Pénélope ne parle pas, l’hypersensibilité était magnifiée… Le Cœur de bois aborde la résilience. Et c’est grandiose !

Couverture suggestive … et l’on entre dans l’histoire : un village, une femme…

« Même pour une balade dans la forêt avec un vieillard impotent, elle voulait être irrésistible ».

Aurore est une jeune femme équilibrée, attentive à elle-même et à ses enfants. Elle conduit sa vie avec assurance, comme sa voiture rouge, qu’elle prend régulièrement pour effectuer des visites de courtoisie à un personnage solitaire, reclus dans sa maison au plus profond de la forêt : le loup. Aujourd’hui, elle ressort de la boulangerie du village avec une boîte à gâteau…

« Janvier, cette année, était démonstratif. La neige ne tarderait pas. Le froid était comme elle, piquant »

Aurore, « la quarantaine généreuse »,  est raffinée, élégante et sûre d’elle. Sans artifice, sans faux-semblant superficiel, une femme entière, assurée et intègre. Elle a du respect pour elle-même, elle se considère, sans omettre d’être au monde. Tout en s’enfonçant dans les bois sombres, elle pense à la vie qui passe, au chaud dans sa Fiat 500. Listant les choses à faire pour les siens, évoquant ses filles, son passé… tout cela a défilé bien vite. Aurore a tout d’une femme accomplie. Et d’où tient-elle cette force ?

« Les feuilles du sol émettaient de légers craquements sous ses pas. L’activité feutrée de la faune engourdie l’enveloppait. Aurore et la forêt ne faisaient qu’une. Elle ne pouvait s’imaginer vivre sans se promener dans les bois. »

En plein cœur d’une forêt dense et engourdie par la rigueur de l’hiver, voici un pavillon de chasse délabré. Aurore entra… « C’est moi!  » lança-t-elle joyeusement.

Un brin de ménage, l’eau à chauffer, la galette, le plateau à thé… la rencontre avec le loup s’avère habituelle pour Aurore… Pas pour le lecteur. Étonnante surprise !

Vient l’heure de la promenade. Le loup devenu faible, se laisse porter. Sa force était puissance, Aurore l’a fait sienne. Puis, le choix du chemin. Et de fil en aiguille, l’on déroule le passé. Naguère le loup l’avait dévoré… Et Aurore avec sa force, de répondre :

« Aujourd’hui vous êtes seul, et je ne le suis pas. Vous êtes malheureux, et je ne le suis pas. Vous êtes fragile, et je ne le suis plus. Vous m’avez dévorée hier. Je viens me promener avec vous aujourd’hui. C’est que j’aime profondément la forêt, l’odeur du sous-bois, le soupir des arbres, le vol fou des geais. Vous ne m’avez pas pris cela. J’ai les lendemains radieux. »

Aurore est devenue.

« Vous nous croyez-seuls ? Nous ne le sommes pas ! Avec votre fauteuil, je pousse vos crocs et mes blessures. Mais tour de roue après tour de roue, je me prouve que rien n’est jamais perdu. Je vous rends visite parce que je suis là. Debout. Malgré vous. Je veux croire qu’il est possible de devenir grand sans devenir méchant. Et je prends soin de vous pour le croire toujours. »

« Je veux être assez forte pour pouvoir aimer. Même vous. »

Et nous laissons Aurore et le loup se promener dans le Cœur de bois

Force. C’est ainsi le maître-mot de Coeur de bois. Force de la révélation, force du texte, des dialogues, force des illustrations, force du message, du portrait…

Henri Meunier offre un récit grand et beau, redoutable par ses ellipses et le suspens est entier de page en page. Texte magnifié par une illustration de Régis Lejonc, mêlant le feutré pour le mystère et le noir et rouge qui se disputent, telles vie et mort se traversent. Une atmosphère angoissante se dégage des jeux d’intérieur/extérieur, de ce scénario de film qui monte crescendo en puissance.

« Un album magistral, qui nous dit que grandir c’est aussi apprendre à dépasser ses souffrances. Apprivoiser ses peurs, c’est aussi s’affirmer. »

Fort, très fort. Le cœur qui palpite intensément.

Cœur de bois
Henri Meunier et Régis Lejonc
Édition Notari (L’oiseau sur le rhino), mars 2016, 19€

Du duo Meunier/Lejonc, à lire aussi :
La mer et lui
La rue qui ne se traverse pas

Laura F.

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